Le Canada a intenté une action à l'OMC contre un large spectre de programmes américains de subventions agricoles, une démarche qui semble calculée pour influer sur les futures dépenses agricoles de Washington.
Le gouvernement canadien soutient que les États-Unis ont dépassé leur limite légale de subventions ayant des effets de distorsion des échanges au cours des cinq à huit dernières années. Il vise également, de manière spécifique, les milliards de dollars versés par Washington aux producteurs de maïs, en soutenant qu'ils ont faussé les prix mondiaux et lésé les producteurs du Canada.
Le 8 janvier dernier, le Canada a demandé des consultations avec les États-Unis, la première étape dans les procédures de règlement des différends à l'OMC. Si les deux parties n'arrivent pas à résoudre leurs divergences, le Canada serait libre de demander l'établissement d'un Groupe spécial pour trancher le différend.
La plainte semble suivre la même voie que le différend à l'OMC tranché en faveur du Brésil, en 2005, contre le soutien américain aux producteurs de coton. Dans cette décision, l'Organe d'appel ordonnait à Washington d'annuler certains programmes de subventions et de crédits à l'exportation qui portaient atteinte aux engagements souscrits par les États-Unis au titre de l'OMC, qui avaient des effets de distorsion de la production et qui déprimaient les cours mondiaux du coton, au détriment des intérêts commerciaux du Brésil.
Le Canada tente d'influer sur la prochaine Farm Bill américaine
Ottawa a laissé entendre avec force que le Canada tentait d'influencer les législateurs américains, au moment où ils rédigent la nouvelle législation, cette année, pour fixer les futures dépenses agricoles. " Les États-Unis accordent à leurs producteurs agricoles des subventions qui créent des avantages de marché inéquitables, " a déclaré David Emerson, Ministre canadien du commerce international. " Nous espérons voir les États-Unis respecter leurs obligations, en particulier du fait qu'ils ont l'opportunité de le faire en refondant leur Farm Bill, cette année. "
L'Administration Bush tente actuellement de convaincre le Congrès et le puissant lobby agricole américain d'accepter certaines modifications à apporter aux programmes de subventions agricoles existants, afin de parer à certaines contestations potentielles à l'OMC. Bien qu'il ait qualifié l'annonce canadienne de " perturbante " et juré de " défendre de manière agressive " les programmes de subventions, le Secrétaire à l'agriculture américain, Mike Johanns, a déclaré aux groupes d'agriculteurs que la demande était un autre signe indiquant qu'une incapacité à réformer pourrait signifier que " le filet de sécurité sur lequel vous comptez pourrait être retiré de sous vos pieds. "
Les analystes du commerce estiment depuis longtemps que les subventions américaines au maïs seraient susceptibles d'être contestées à l'OMC. Dans un rapport de novembre 2005, le groupe de la société civile Oxfam a soutenu que les versements au titre de prêts à la commercialisation et les paiements contracycliques (ces derniers s'élèvent lorsque les prix sur les marchés mondiaux chutent) avaient tous deux fait grimper la production et déprimé les prix mondiaux. Selon Oxfam, les grands exportateurs de maïs, ainsi que certains pays ayant des producteurs de maïs vulnérables, seraient tous en mesure de soutenir que leurs intérêts étaient lésés par les programmes de subventions de Washington.
Le maïs retenu …
Ottawa est en train de faire valoir que les subventions américaines lèsent l'agriculteur canadien, et violent les obligations souscrites par les États-Unis au titre de l'OMC. Ottawa cible plusieurs types de versements au titre de la Farm Bill 2002 américaine, de son équivalent de 1996 et un paquet de projets de lois sur l'aide en cas de catastrophe et d'autres législations sur l'agriculture remontant jusqu'en 1978, selon la lettre de demande de consultations envoyée par l'Ambassadeur du Canada à l'OMC, Don Stephenson, à son homologue américain, Peter Allgeier.
Concernant le maïs, de manière spécifique, le Canada maintient que le soutien gouvernemental direct et indirect au secteur américain du maïs permet aux producteurs américains de vendre à meilleur marché que leurs homologues canadiens et cause ainsi un 'préjudice grave' aux intérêts de ces derniers, en violation des articles 5(c) et 6.3 (c) de l'Accord de l'OMC sur les subventions et les mesures compensatoires. Un tel soutien sous forme, par exemple, de versements directs et contracycliques, de prêts à la commercialisation, d'aide pour perte de parts de marché et de garanties de crédit à l'exportation, ont fait baisser les prix du maïs sur le marché canadien, entre 1996 et 2006.
… mais le soutien interne largement ciblé
Le Canada soutient également qu'au travers de " l'exclusion irrégulière " de certains versements de leurs calculs et du soutien interne, les États-Unis avaient de fait dépassé leur limite annuelle d'offre de soutien ayant des effets de distorsion des échanges aux agriculteurs en 1999, 2000, 2001, 2004 et 2005. Ceci serait en violation à la fois de l'Accord sur les subventions et les mesures compensatoires et de l'Accord sur l'agriculture.
Depuis 2000, les États-Unis ont été autorisés à fournir à leurs agriculteurs jusqu'à 19,1 milliards de dollars de subventions au titre de la 'catégorie ambre' - qui couvrent la plupart des versements estimés avoir des effets de distorsion sur la production et sur les échanges. Les allégations concernant les dépenses américaines en matière de subventions sont compliquées par le fait que Washington n'a pas formellement notifié à l'OMC ses subventions agricoles depuis que les dépenses au titre de la Farm bill 2002 ont pris effet.
Selon Ottawa, une série de programmes américains de soutien interne - versements directs, versements au titre de contrats de flexibilité de la production, versements contracycliques, (au titre de la législation 'd'urgence' pour indemniser les agriculteurs en cas de baisse des prix), versements d'aide pour perte de parts de marché - sont liés aux décisions de production et devraient donc être classés comme soutien au titre de la catégorie ambre. Toutefois, lorsque l'on compte ces programmes par rapport à la limite des dépenses au titre de la catégorie ambre, les États-Unis dépassent le total autorisé.
Dans le différend intenté par le Brésil contre les subventions américaines au coton, l'OMC avait statué que tant les versements directs que les contrats de flexibilité de la production ne pouvaient être classés comme n'ayant pas d'effets de distorsion des échanges - et étaient donc susceptibles d'être contestés à l'OMC - car ils étaient liés au type de production entrepris, même s'ils n'étaient pas liés au volume de la production. Par exemple, les producteurs de fruits ne peuvent prétendre à des versements directs. Il n'a toutefois pas été déterminé si un tel soutien appartient effectivement à la catégorie ambre.
Dans une autre plainte, la demande canadienne spécifiait que les États-Unis fournissaient des prêts à de meilleurs taux que ceux du marché, en particulier aux exportateurs. Ceci, soutenait le Canada, était incompatible avec les propres engagements de Washington en matière de subventions à l'exportation, ainsi qu'avec l'interdiction des subventions subordonnées à la performance à l'exportation, énoncée dans l'Accord sur les subventions et les mesures compensatoires.
Les fermiers canadiens se tournent vers l'OMC
Les producteurs de maïs canadiens cherchent depuis des années à convaincre les autorités commerciales nationales d'imposer des droits tarifaires à long terme pour leur assurer une certaine protection contre les importations américaines meilleur marché. Leurs tentatives se sont toutefois montrées, à terme, infructueuses. En avril 2006, le système canadien de mesures commerciales correctives a conclu que les fermiers canadiens n'étaient pas lésés par les importations de maïs américain.
Les responsables du commerce américains ont mis cette décision en exergue pour renforcer leurs affirmations selon lesquelles leurs programmes de subventions étaient compatibles avec les règles de l'OMC. Gretchen Hamel, une porte-parole du bureau de la Représentante américaine chargée du commerce extérieur, a déclaré : " Le propre Tribunal du commerce international du Canada a statué l'an passé que les producteurs de maïs canadiens n'étaient pas lésés par les importations de maïs américains, " selon le Globe and Mail.
Les responsables du commerce à Ottawa ont toutefois indiqué qu'un différend à l'OMC reposerait sur un ensemble différent des questions et de normes juridiques. Si le Tribunal canadien fondait son enquête sur le droit national, un Groupe spécial de l'OMC prendrait en compte le respect par les États-Unis de leurs obligations au titre des Accords de l'OMC. " En tant que premier producteur, consommateur et exportateur de maïs du monde, les États-Unis exercent une influence très significative sur le marché global du maïs. A cet égard, nous estimons que les effets de distorsion des échanges inhérents aux subventions américaines sur le maïs causent un préjudice grave aux intérêts des producteurs de maïs canadiens, " a déclaré Renee David, une porte-parole du Département des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada.
Au cours des négociations commerciales perturbées du Cycle de Doha, les États-Unis ont tenté de s'assurer une protection juridique pour des versements contracycliques du type de ceux actuellement ciblés par le Canada. Ils ont également recherché une 'clause de paix', qui, pendant quelques années, protégerait les subventions agricoles du pays contre de nombreux types de contestation juridique.
Source:
http://www.ictsd.org